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Esport - Rainbow Six Siege : Interview de DraZ, coach et révélateur de talents

Esport - Rainbow Six Siege : Interview de DraZ, coach et révélateur de talents
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Le coaching chez NaVi, la formation des pépites, la vie, l’e-sport, et la sagesse de l'expérience : immersion totale et authentique avec un « ancien » qui a beaucoup à apporter aux futures générations de joueurs compétitifs de Rainbow Six Siege.

Esport - Rainbow Six Siege : Interview de DraZ, coach et révélateur de talents

Présent sur la scène Rainbow Six depuis ses prémices et fédérateur sur des sujets tels que la formation, tu es perçu par beaucoup d’acteurs de la scène française comme un « sage ». Est-ce l’image que tu as de toi-même ?

Un peu, oui. De par l’âge que j’ai, je sais que j’ai une place un peu particulière sur la scène. (Rires.)

Après tout, tu vas bientôt franchir le cap de la quarantaine. Est-ce que l'expérience de la vie t’aide dans ton métier de coach ?

Je dirais même que c’est la base de mon métier. On coach avant tout des humains, avant de coacher des joueurs. Je fais ça en partie avec le but d’apporter de l'expérience de vie, des choses qui aideront dans la vie, et pas que forcément dans le jeu.

Tu as des exemples ?

Tu as mon passage dans le monde de la nuit (Razig a longtemps travaillé comme DJ, parfois dans des discothèques très réputées, avant de se consacrer à l’e-sport, NDLR) : les premiers abords avec la fame, et tout ce qui va avec. Ça m'aide à donner de bons conseils aux joueurs, à leur apporter de la concentration sur les bonnes choses. Il y a aussi le fait d’être dans l’e-sport depuis ses premiers instants, d’être parmi ceux qui rêvaient d’une professionnalisation. Et aujourd’hui, elle est là. Donc il y a aussi cette expérience de la galère, des LAN avec de gros écrans, à devoir dormir sous ton bureau. Tout ça, bien sûr, ça aide à faire relativiser tes joueurs, et à leur éviter de s’éparpiller ou de perdre du temps.

Être coach dans l’e-sport, à quoi ça ressemble aujourd’hui ?

Je dirais que ça ressemble beaucoup au coaching dans le milieu du sport traditionnel. Ce sont principalement les outils ou l’aspect des disciplines qui vont changer. Mais c’est principalement la même chose : être derrière ses joueurs, être présent quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour eux, installer une vie d’équipe. C’est un métier qui prend beaucoup de place sur la vie personnelle. Après, il y a quand même le fait d’être moins en contact physique avec ses joueurs, surtout en cette période de Covid, mais sinon c’est kif-kif.

La plus grosse différence résiderait donc dans la proximité physique ?

Disons que l’e-sportif évolue davantage dans un contexte virtuel. Même si avec les bootcamps et les staffs de plus en plus fournis, on tend de plus en plus vers ce qui se fait dans le sport. Aujourd’hui, on commence à faire appel aux mêmes professionnels externes que le sport traditionnel par exemple. Comme les préparateurs physiques, les préparateurs mentaux, les nutritionnistes, et tout ce qui peut aider le joueur à performer.

Comment en es-tu arrivé à devenir coach, alors que tu n’es pas - comme un certain nombre dans le milieu - diplômé dans ce domaine ?

J’ai toujours été capitaine de mes précédentes équipes, et j’ai vécu beaucoup d'expériences de joueur auparavant. De par mon âge, je n’ai pas réellement pu me montrer sur Rainbow Six Siege, et mes gloires passées sur d’autres jeux ne sont plus trop visibles aujourd’hui, parce qu’elles datent de dix ou vingt ans en arrière, à un moment où l’e-sport n’était pas très développé. Mais ayant toujours été capitaine ou leader in game, j’ai toujours eu une approche professionnelle de la recherche de performances. Je regardais comment les pros faisaient dans le sport, et je développais l’envie de professionnaliser les joueurs de sport électronique. Donc je suis allé au bout de cette envie, au moment parfait, puisque l’e-sport se développe de cette manière depuis quelques années.

Rainbow Six Siege

Comme tu l’as souligné en amont, le sport prend une place de plus en plus conséquente dans l’e-sport, notamment pour intervenir de manière plus ou moins directe sur la santé physique et mentale des joueurs. Tu penses que c’est une bonne chose de s’inspirer autant du sport ?

Bien sûr qu’on a quelque chose à en tirer. Je pense que ce serait idiot de notre part de ne rien en retirer. Mais l’e-sport n’est pas du sport. De la même manière que tu ne vas pas préparer un footballeur et un tennisman de la même façon, je pense qu’il faut bien faire la part des choses. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de stress psychologique chez un e-sportif que de stress physique. Donc je pense qu’il y a beaucoup de bonnes idées à emprunter au sport pour travailler la partie physique. Au final, on doit être capable de prendre ce dont on a besoin dans le sport, et l’utiliser dans l’e-sport. Il ne faut pas tout recopier bêtement, ou calquer entièrement le modèle sportif sur celui de l’e-sport, ça ne fonctionnera jamais. Mais je pense qu’on peut trouver un équilibre entre les deux.

Avec la sportisation de plus en plus conséquente de l’e-sport, l’idée et le développement de groupes de joueurs avec des remplaçants - dont l’installation d’une routine d'entraînement et de rotation en matchs - se produit sur certaines scènes peu habituées à ce fonctionnement, comme Counter-Strike. Tu penses que Rainbow Six Siege pourrait bientôt suivre cette tendance ?

Ça dépendra beaucoup d’Ubisoft. La raison première pour laquelle je dirais non, c’est qu’à l’heure actuelle il n’y a pas assez de compétitions. Après, l’idée en elle-même est très intéressante. Je t’en parlais juste avant : il y a une partie psychologique très forte en ce qui concerne les e-sportifs. Même certains ex-professionnels du sport qui se sont reconvertis dans le milieu de l’e-sport sont impressionnés par la maîtrise mentale et la constance requise sur cet aspect pour pratiquer l’e-sport de haut niveau. Donc oui, je pense qu’à un moment posséder des remplaçants, si c’est bien géré, ça peut apporter beaucoup de choses. Et je ne vois pas pourquoi ça pourrait bien se gérer dans le monde du sport, et pas celui de l’e-sport.

Installer de la compétitivité, des principes de repos et de rotation, de la marge de stratégie en plus, cela ressemble de toute façon une étape clef dans la professionnalisation des disciplines e-sportives collectives…

Clairement.

Malgré l’absence de participation à des Majors ou un Six Invitational, tu côtoies le haut niveau de Rainbow Six depuis de nombreuses années. Avec des hauts et des bas. De quoi une équipe a-t-elle besoin pour monter au sein de l’élite ? Et comment peut-elle y perdurer ?

C’est bien que tu mentionnes les hauts et les bas. Car je pense que le secret c’est de savoir capitaliser sur les bas. Quelque part, il faut manger son pain dur, savoir galérer. C’est ce qui est censé te donner la niaque, au lieu de t’en servir comme une excuse derrière laquelle te cacher. Je pense qu’une équipe qui arrive trop vite au sommet sans avoir connu ça, ce sera compliqué pour elle de rester au top. Parce que la seconde partie du secret, pour rester en haut, c’est de ne pas oublier d’où tu viens, ne pas oublier les galères et le prix payé pour arriver où tu es. Il ne faut jamais croire que tu es arrivé au bout, car de toute façon on apprend tous les jours. Donc toujours trouver un challenge et des objectifs.

Et en dehors de l’aspect mental ?

Déjà, il faut trouver un équilibre. Savoir s’extraire du copinage et de l’amateurisme. Il faut se poser les bonnes questions, savoir de quoi l’équipe a besoin pour avancer. Et prendre les bonnes personnes : celles qui sont prêtes à faire les sacrifices nécessaires pour aller jusqu’au bout. Pour moi, le principal critère quand tu viens du bas c’est de s’entourer des bonnes personnes. Tu peux faire des changements en cours de route, mais si tu ne fais que des changements juste parce que untel ne te plait pas, ou qu’un autre n’est pas ton pote, tu n’arriveras jamais en haut. C’est évident.

Tu exerces désormais dans un projet international, chez le puissant Natus Vincere, aux côtés de Jahk, un autre coach français. Vous ne vous marchez pas trop dessus au niveau de l’organisation ?

Pas du tout, on se connaît depuis très longtemps. J’ai déjà été son coach quand il était joueur, et déjà à ce moment-là on montrait une bonne complémentarité. Il était capitaine, on avait donc une relation particulière, et il avait déjà la fibre du coaching.

Et au niveau de l’Anglais, ça donne quoi pour toi au milieu des accents très prononcés du Polonais Saves, ou de l'Écossais Doki ?

On apprend tous les jours ! (Rires.)

Rainbow Six Siege

Sans trop exposer votre stratégie, quels sont vos plus gros chantiers à l’heure actuelle ? Bien intégrer Joe, votre dernière recrue en date, en fait partie, j’imagine ?

Oui. Même si on parle beaucoup de Joe et qu’on oublie souvent Blurr. Mais oui, il y a beaucoup de travail sur leur intégration, même si les deux viennent de la scène anglaise et qu’ils connaissaient déjà plus ou moins bien le reste de l’équipe. Ce n’est donc pas compliqué sur le plan de l’intégration humaine. C’est plutôt du côté de l’exigence du niveau professionnel. Blurr avait déjà côtoyé l’équipe au plus haut niveau, donc il a beaucoup moins de problèmes que Joe ; à qui il faut emmener tout l’aspect pro. Tout ce que tu dois apporter à un petit jeune de 18 ans qui n’a jamais évolué à un aussi haut niveau compétitif. À part ça, notre plus gros chantier c’est de renouveler le jeu d’équipe. Durant la fin du Stage 2 de l’European League, on a montré qu’on pouvait être l’une des meilleures équipes européennes. Donc on va continuer de travailler, en faisant face aux problèmes tels que la crise sanitaire qui implique qu’on garde les joueurs toujours concentrés à fond. Et c’est compliqué vu la situation...

Comment gérez-vous justement cette ère du Covid-19 ?

On a organisé un bootcamp en septembre. Mais aucun membre du staff n’a malheureusement pu s’y rendre. On a donc dû gérer les joueurs à distance. Ça s'est bien passé, mais ça n’a pas forcément été aussi impactant que si nous étions là-bas. Pour le reste, on ne va pas se mentir : c’est très dur d’avoir des joueurs motivés avec la période en cours. Il n’y a pas grand-chose à disputer - et encore, on a les finales d’European League qui arrivent -, et la période de confinement est difficile pour tout le monde.

Vous feriez presque saliver les joueurs de Counter-Strike qui, de leur côté, ont trop de tournois à enchaîner…

Je pense qu’ils pourraient nous en filer un peu, oui. (Rires)

Si je prends le roster de DeathroW qui évoluait en Challenger League en fin d’année 2018, je vois trois des cinq pseudos qui sont depuis passés coachs. Spoken chez Tempra, Jahk chez NAVI, et Kuqus chez DeathroW : tu fais naitre des vocations apparemment…

(Il rigole avant d’entamer sa réponse.) Il faudra leur poser la question, mais je pense qu’ils avaient déjà cette fibre-là quand ils étaient joueurs. Donc, même si j’ai pu contribuer à ça, ça s’est fait naturellement.

C’est la deuxième fois que tu évoques une « fibre » pour le coaching. Tu peux développer ?

Pour moi, tout coach professionnel doit adhérer à un code de déontologie. Donc, avoir la fibre, c’est comprendre certaines choses qu’il faut comprendre avant de passer coach.

Comme ?

Avoir des valeurs à véhiculer. Je pense que c’est très important d’inculquer certaines valeurs, comme je le fais avec mes équipes. La première, c’est de ne pas avoir d’orgueil. Il faut bien faire la différence entre la fierté et l’orgueil, car la frontière est très mince entre les deux ; et l'orgueil peut mener à l’autodestruction d’un individu, voire d’une équipe toute entière. La franchise, l’honnêteté… La liste est longue, et on pourrait en parler pendant des heures. Mais il ne faut pas oublier qu’on coach avant tout des adultes, ou des enfants qu’on doit aider dans leur développement, et qu’ils doivent apprendre à se comporter en tant que tels.

Rainbow Six Siege

L’année 2019 a été plutôt tumultueuse pour toi. Avec notamment la création d’un nouveau projet tourné autour des actuels Tempra. Des anciens joueurs pros, des pépites telles que P4, mais pas de salaire et très peu de moyens pour rivaliser avec la scène professionnelle…

Comme tu as pu le souligner, ce n’était pas ma première tentative. J’ai toujours aimé faire ça : prendre une équipe, la construire et franchir les paliers avec. À cette époque-là, les salaires étaient présents sur la scène, mais pas chez nous. Et forcément, dans ce cas-là, quand tu as des joueurs majeurs qui ont besoin d’argent pour vivre, c’est compliqué. Certains ont dû lâcher leur travail et se mettre dans des conditions précaires, d’autres ont à l’inverse dû lier le travail et l’e-sport. C’est toute une adaptation à appliquer, au niveau des plannings, au niveau de la psychologie. C’est très dur, mais en même temps ça donne un but.

On peut donc dire que c’est le manque de moyens qui vous a forcé à entreprendre et optimiser vos entraînements pour survivre dans le milieu, et finalement atteindre les sommets par la suite ?

Je pense que c’est l’une des raisons, oui. À un moment donné, quand tu travailles toute la journée dans ton boulot classique, que tu rentres chez toi et que tu te replonges dans une « deuxième » journée de travail, c’est ultra usant. Alors quand un beau jour tu peux lâcher ton taf alimentaire pour être rémunéré et faire quelque chose que t’aimes, tu obtiens une certaine fierté. Tout change dans ta vie, et tu ne veux plus repartir en arrière. C’est normalement ça qui te permet de rester au top par la suite. Et si tu appliques ça à quasiment toute une équipe, à savoir traverser ce genre de galère, tu comprends pourquoi tu te retrouves avec une équipe de Tempra très soudée, qui a très peu bougé.

On sait qu’en coulisses tu oeuvres pour le développement du subtop français de Rainbow Six Siege. Que lui manque-t-il pour se professionnaliser correctement ?

Alors déjà : des professionnels. Forcément. Je pense qu’on a la chance, en France, d’avoir beaucoup de talents. Pour ce qui est de les encadrer, je dirais que les acteurs qui peuvent mettre en place des choses sont aujourd’hui trop axés sur la concurrence. L’écosystème ne s’est pas forcément construit de la meilleure des manières, et je pense qu’il y a des étapes essentielles qui n’ont pas été instaurées. Du coup, les jeunes joueurs, ou e-sportifs naissants, ne comprennent pas forcément ce qu’il faut pour devenir professionnel, en dehors de toucher une paye. Je vais être très honnête : je pense que parmi les acteurs présents, il y en a trop qui veulent griller ces étapes. Comme des clubs qui vont se dire « je veux qu’un joueur soit professionnel, je vais le prendre et lui laisser deux mois pour se comporter en tant que tel » et si ce n’est pas le cas, tant pis pour lui.

Il y a donc un problème au niveau de la formation…

Avec l’e-sport, on a affaire à un modèle qui se professionnalise par le top dans un premier temps. On parlait de préparateurs physiques et mentaux, on se rend compte qu’il va y avoir de plus en plus de besoins à ce sujet. Mais c’est quelque chose qu’on a du mal à répercuter sur le subtop. On va prendre l'exemple d’une structure moyenne ou associative : si je lui dis d'agir comme dans le top en employant un préparateur physique ou mental pour le bien être de ses joueurs, son premier problème va être financier. Alors qu’on pourrait dépasser ce problème financier en réalisant des partenariats, par exemple. Mais aujourd’hui, la plupart des partenariats ne sont alimentés que bien trop souvent par du business. Pas assez sur le côté social et éducatif. Il y a aujourd’hui, dans l’e-sport, beaucoup trop d’acteurs tournés vers le business. Et c’est normal quelque part, puisque les gens ne sont pas là pour trier des perles ; ils sont là pour gagner de l’argent et vivre.

Mais selon toi, il n’y a pas assez de vases communicants entre le top et le subtop, pour aider économiquement au développement des futurs talents ?

Exactement. Je vais donner un exemple concret. Disons qu’aujourd’hui tu te lances dans la formation d’une équipe ayant des objectifs pros, avec toutes les problématiques liées aux jeunes de 17 ou 18 ans, surtout en France où, de la scène amatrice à la semi-professionnelle, tu retrouves beaucoup de toxicité, tu dois avoir quelqu’un capable d’assumer le rôle d’éducateur, des bootcamps pour faciliter les relations… (Il marque une pause avant de reprendre) Une petite structure, même avec la meilleure volonté du monde, va avoir le problème de ne pas pouvoir organiser de bootcamp, et ne pas avoir les moyens de s’offrir un staff compétent pour assurer un certain cadre autour de ses joueurs et coachs. Pourtant, tu en as en France du staff compétent, volontaire qui plus est. Mais il faut pouvoir le mettre en place, et financièrement c’est aujourd’hui impossible pour une petite organisation.

Ça s'annonce compliqué…

Disons que le top pourrait être en mesure de fournir ce qu’il faut. Mais ça ne fonctionne pas encore comme ça, car il y a encore une trop grosse part de business de ce côté de la barrière. Maintenant, il y a quand même des choses qui se développent, et je pense qu’on est sur la bonne route. Il faut être patient...

Rainbow Six Siege

Dans ton sillage, il y a ton bébé, DeathroW, qui pourrait faire partie de ces choses en développement. Actuellement, il y a une équipe principale très jeune qui tente de se qualifier en 6 French League, et une formation « académique » qui prépare déjà la relève. Tu penses que ce modèle sera viable sur le long terme et que l’on verra de grands talents en sortir ?

La structure a prouvé qu’elle était capable de sortir des joueurs professionnels (les actuels Tempra, NDLR). Elle l’a déjà fait et aujourd’hui, moi, en tant que coach pro chez NaVi, je constate la problématique qui est de devoir parfois apporter aux joueurs des basiques qui auraient dû être amenés dès leurs débuts. Je vois donc aux premières loges l'intérêt d’avoir dans le subtop une structure capable de te sortir un joueur avec lequel tu vas tout de suite pouvoir travailler en profondeur. Un joueur dont tu ne vas pas avoir besoin de lui apprendre à être à l’heure, par exemple. Je pense que la première chose que les jeunes apprennent chez DeathroW, c’est de savoir se comporter et être un bon mate. Toutes les équipes te diront que la problématique de trouver un bon joueur ne réside pas forcément sur que sur le niveau de jeu - même si c’est bien sûr la base -, mais aussi, et surtout, sur le comportement et la mentalité.

En parlant de mentalité, quel est le joueur passé sous ton coaching qui t’a le plus marqué pour l’instant ?

Difficile de répondre. (Rires.) Parce que j’ai envie de te dire P4 par rapport à sa capacité à lead tout en jouant entry, et aussi sa maturité. Mais j’ai aussi envie de te dire Saves, par rapport à sa rapidité de réflexion, ses prises de décisions. Et puis il y a SpokeN à l’époque, capable d’être un métronome dans une équipe grâce à sa science du jeu.

Et la plus grosse déception ?

Meechy (ex-Team Oplon, en Pro League). Je pense que c’est un gars très intelligent, qui a besoin d’exprimer cette intelligence, et qui a lui-même le sentiment qu’il pouvait faire beaucoup plus. Il a toujours pris le jeu au sérieux, mais il aurait pu faire beaucoup plus et arriver au top. Je pense qu’il s’est posé trop de questions... C’est compliqué à expliquer, surtout que les gens ne le connaissent pas forcément plus que ça, mais il avait un énorme potentiel.

On connaîtra bientôt les sélectionneurs de l’équipe de France de Rainbow Six Siege pour sa future Coupe du Monde. A-t-on une chance de te retrouver dedans ?

Non, parce que je n’ai pas candidaté.

Il y a d’autres voies pour être amené à prendre en charge cette fonction, comme le vote communautaire, ou celui des pros...

Je pense qu’on a la chance en France d’avoir beaucoup de gens qui peuvent prétendre à la fonction. Peut-être même trop, ce qui nous place un peu à part, par rapport aux autres nations. Concernant les choix des sélectionneurs, j’aurais préféré quelque chose de plus fédérateur. Il y a beaucoup de staff compétent et on s’entend plutôt bien. Ce qui est dommage avec les votes, c’est que ça nous place tous, à l’inverse, dans une concurrence qui n’a pas lieu d’être. Même si je peux comprendre la décision d’Ubisoft. Je soutiens le projet à fond, je soutiendrais les sélectionneurs qui seront choisis et je ne m’en fais pas quant à la qualité de ces derniers.

Tu te verrais continuer de coacher sur Rainbow Six jusqu’à la fin de ta vie si l’e-sport de ce jeu le permet ?

On n’est qu’à l’aube de ce que l’e-sport peut proposer. Je ne me vois pas coacher toute ma vie, car ça demande beaucoup d’efforts, et un bon cardio. (Rires.) C’est beaucoup de stress. Donc à un moment, j’aurais surement envie d’assumer une fonction plus cool. Mais pour l’instant, j’ai encore l’envie, l’énergie. Quand je n’aurais plus cette énergie, on verra. Mais je fonctionne beaucoup à l’instinct. Donc ce sera surement en fonction de l’évolution de l’e-sport. Après, je pense que ce sera toujours lié à apporter quelque chose aux jeunes.

Comme lier le social et l’e-sport dans le milieu associatif pour venir en aide aux jeunes en difficulté ?

(Il réfléchit avant de répondre) Oui, il y a de grandes chances. Ou si on reste sur la thématique des sélections e-sportives, je me verrais davantage coacher les équipes espoirs, comme des U20. (Rires.)

D’où te vient cette envie d’aider les jeunes ? Du fait que tu as grandi dans un quartier de Vienne, près de Lyon, en milieu défavorisé ?

Déjà. Mais je pense aussi que j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours aidé et ont toujours été prévenants avec moi. Notamment par le biais de la religion, ils m’ont transmis beaucoup de valeurs de partage. Ce qui alimente mon envie d’aider plus particulièrement la jeunesse ? Je pense que c’est clairement le fait d’avoir perdu ma maman un peu moins d’un an avant de commencer ma carrière sur Rainbow Six Siege. J’avais déjà perdu mon père, donc je n’avais plus mes parents. Et je pense que ça a alimenté ce besoin d’aider les jeunes. Aujourd’hui, j’ai le cas de mes parents qui sont partis, mais tu peux très bien te retrouver avec des jeunes qui n’ont tout simplement plus le soutien de leurs parents. Les aider à combler ce manque… (Il marque une pause et conclut en souriant) C'est quelque part exorciser un peu le fait de ne plus avoir les miens, je pense.

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